• Véronique Salman

Les rêves nous parlent


« La nuit dernière, j’ai rêvé que j’avais une fuite dans mon toit ». Encore faudrait-il que Bernard B., un patient de 46 ans venu pour surmenage, m’ait évoqué auparavant une quelconque maison, une bâtisse, un immeuble, pour que j’établisse directement un rapport avec ce qui l’encombre pendant son sommeil. « Une fuite dans votre toit »…

En réalité, il n’y a aucune raison tangible de s’inquiéter de sa maison. Elle n’entre pas dans ses états d’âme. Il n’en parle pas, il n’en fait pas un sujet. Je me dis alors que, de manière symbolique, son « toit » serait le toit de sa personne, en d’autres termes sa tête. Une fuite dans sa tête ? Aurait-il oublié quelque chose de nature à le mettre en péril, le confronter à son manque de rigueur, sa désorganisation chronique. Lui qui s’agite tout le temps, lui qui manque de souffle, lui qui dépense tant d’énergie à se surpasser, à se dépasser, à compenser ses approximations notoires.

Sa tête, trop absorbée à ne rien oublier pour tenter de tout réussir, serait-elle prise alors en défaut ? Une « fuite », une perte de contrôle, un manquement, une omission ? Toutes ses questions, je me les pose à moi-même et j’essaie d’éviter mes propres risques de fuite en prenant en notes mes commentaires intérieurs. Je ne les partage pas à mon patient, je me les garde. Je teste mon intuition, j’attends. Et je demande juste à Bernard de répéter ce qu’il vient de dire.

Donc, vous me dites que vous rêvez de…Oui, d’une fuite dans le toit de ma maison… Je ne sais pas de quoi il s’agit, je n’ai pas de maison, je vis en appartement. • Les rêves nous invitent à l’imagination plus qu’à la réalité des choses. • Oui mais là, je ne vois pas… Une fuite dans le toit de ma maison.

Et c’est là que je percute. Cette répétition à voix haute, cette verbalisation, m’indique la route à prendre. Bien sûr ! Ça tombe sous le sens : « Une fuite dans le toit de ma maison »… • Monsieur B., comment écrivez-vous le mot « toit » ? • Ben… Toit, comme le toit d’une maison. • Et si je l’écrivais Toi, T-O-I ? • … • Ça donnerait « Une fuite dans le TOI de ma maison ». • Ça ne veut rien dire. • Peut-être en faisant le geste qui va avec. Essayez !

Et je m’y emploie. Me voilà en train de décomposer lentement ces quelques mots, accompagnés de mon bras droit.

Voyez, je peux dire que je trouve une fuite, un problème, DANS LE TOI et mon bras droit, ma main droite et l’index, viennent pointer quelqu’un dans votre maison, c’est-à-dire votre entourage. Quelqu’un qui ne va pas bien, quelqu’un qui vous pose un sérieux problème au point d’envahir votre inconscient la nuit, pendant votre sommeil. Et votre inconscient vous en fait cadeau, il est merveilleux cet inconscient ! Il produit cette image juste avant votre réveil, pour que vous vous en souveniez pile le matin même du jour de votre séance avec moi… • Ah… (Il sourit mais, pour l’instant, Bernard ne voit pas du tout où je veux en venir). Alors, Monsieur B., je vous pose la question : qui est ce TOI qui pose problème dans votre maison, c’est-à-dire dans votre entourage ? Quelqu’un que vous tutoyez, j’imagine…


C’est là que Bernard percute à son tour, le rêve se décode alors facilement. Parce qu’en effet, il a un sérieux problème Bernard B. avec sa fille de 20 ans. Dire qu’elle le tourne en bourrique serait un euphémisme. Elle le rend totalement dingo. Par son jeu de séduction, elle lui fait faire ce qu’elle veut. Impuissant à la contredire dans ses velléités d’indépendance et de prise de pouvoir, il la voit lui échapper et s’ajuste comme il peut : l’accompagner, l’attendre, la raccompagner ; l’espérer, renoncer à sa présence, s’accommoder de ses silences ; tolérer, exiger en vain, composer. Bernard, avec sa fille, c’est comme chien et chat depuis la mort accidentelle de son épouse. Elle l’atterre autant qu’elle le sidère. En mode ouragan ou plongée dans une infinie torpeur, cette fille jeune adulte abuse de son père. Et comme elle n’a que lui, elle vérifie sans cesse son impact sur le seul pilier parental qui lui reste. Et ça marche. Elle le mène par le bout du nez.

En quoi le rêve de Bernard B. devient-il une proposition de changement pour lui ? D’abord, à ce stade, Bernard comprend la puissance de son inconscient au travers des rêves et s’invite lui-même à les analyser. Le voilà qui prend plaisir à me raconter un autre songe, comme pour s’exercer sous mes bons auspices.

Par exemple, l’autre jour, j’ai rêvé que j’étais heureux au bord de la mer. Ça veut dire quoi alors ? • Qu’entendez-vous quand vous le dites. « J’étais heureux au bord de la mer ». • J’adore l’été, la mer, me baigner, l’eau. • Qu’entendez-vous quand vous dites : « J’étais heureux au bord de la mer » ? • … • N’y a-t-il pas une sonorité qui vous invite au décodage du rêve, sur un autre plan que les prochaines vacances au camping ? • … • Dites-la encore cette phrase… « J’étais heureux au bord de la mer ». • … • La mer. • … Ah ! La mer… La mer, comme les flots bleus (sourires). M-E-R. • Comment pourriez-vous l’écrire autrement ? • Oh non, p.… C’est LA MÈRE !


Eh oui, être heureux au bord de la « mère », c’est l’inconscient de Bernard qui, très subtilement, l’invite à jouer avec les sonorités. Bernard le confirme. Sa maman chérie, décédée prématurément (elle-aussi), lui a apporté tant de douceurs, de chaleur, de réconfort. « Bonne comme le bon pain » dit-il. « Une sainte femme ». Surtout, une mère attentive auprès de qui il faisait bon d’être, une mère bonne et douce, attendrie par son premier-né, son petit Bernard. Elle qui voulait tant un fils. Elle qui l’a élevé seule, comme elle a pu. Nostalgique le Bernard, dans ce rêve qui vient à point nommé pour nous indiquer combien il se sent démuni en tant qu’adulte et combien l’enfance l’épargnait de ses écrasantes responsabilités. Quand maman était là, tout allait bien.

Les rêves nous parlent. Certains de mes patients s’en affolent presque. L’une d’entre eux, mariée déçue, me disait combien elle trouvait incroyable (et presque sur un ton de reproche) que son « inconscient gagne tout le temps » !

C’est vrai, l’inconscient est très fort ! • Oh oui, c’est pas croyable quand même… • Mais, dites-moi, à qui appartient votre inconscient ? • Ben… à moi ! • Donc, je me résume : votre inconscient gagne tout le temps, votre inconscient vous appartient… Donc ? • Donc… • Donc ? • Donc, je gagne tout le temps. • Eh oui, votre inconscient est votre ami ! C’est ça la bonne nouvelle !


Ma patiente s’est finalement faite à cette idée selon laquelle l’inconscient influe sur 98 % de nos comportements et qu’il vaut mieux s’en faire un ami. Surtout, s’il contribue à apporter des rêves aussi puissamment évocateurs.

A bientôt,

Véronique Salman

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